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Début mai 2006, l'Italie prépare sa Coupe du monde. Les journaux, eux, publient des retranscriptions d'écoutes téléphoniques. On y entend le directeur général du club le plus titré du pays parler d'arbitres et de désignations avec ceux qui les décident. Deux mois plus tard, la sélection italienne soulève le trophée à Berlin. Cinq jours après la finale, la Juventus est condamnée à descendre en Serie B.
Des écoutes qui ne parlent pas de ballon
L'enquête vient du parquet de Naples. Elle porte sur la saison 2004-2005 et repose sur des appels interceptés. Quand les premiers extraits sortent dans la presse, début mai 2006, les noms qui reviennent sont ceux de Luciano Moggi, directeur général de la Juventus, d'Antonio Giraudo, son administrateur délégué, et des deux désignateurs d'arbitres de l'époque, parmi lesquels Pierluigi Pairetto.
Le soupçon ne porte pas sur des joueurs achetés. Il est plus discret, et c'est ce qui le rend redoutable : un réseau de relations capable, selon les enquêteurs, de peser sur le secteur arbitral et sur la désignation des arbitres pour les matchs qui comptent. Pas besoin d'acheter un résultat quand on peut choisir, ou aider à choisir, celui qui tient le sifflet.
Un détail donne au dossier un parfum de roman d'espionnage. Des cartes SIM suisses, donc étrangères, auraient servi à passer des appels hors de portée des écoutes italiennes. ESPN rappelle qu'elles apparaissent dans des conversations avec Pierluigi Pairetto et avec des arbitres. Les enquêteurs ne pouvaient pas les écouter : ils ont reconstitué les numéros, les appels et les lieux.
La tempête avant la finale
Le football italien vacille en quelques jours. Le président de la fédération démissionne. Le Comité olympique italien (CONI) nomme un commissaire extraordinaire, le juriste Guido Rossi, pour reprendre la main sur la FIGC.
La justice sportive italienne ne va pas attendre la justice pénale. Son procès s'ouvre pendant que la Nazionale enchaîne les matchs en Allemagne. Quatre clubs sont renvoyés devant elle : la Juventus, le Milan AC, la Fiorentina et la Lazio. La Reggina suivra dans une seconde vague.
Le 9 juillet 2006, l'Italie bat la France en finale. Le 14 juillet, la Commission d'appel fédérale (CAF) rend ses décisions de première instance. La Juventus est reléguée en Serie B avec 30 points de pénalité. La Fiorentina, la Lazio et le Milan sont eux aussi sanctionnés.
Trois étages de justice sportive
Le 25 juillet, la Cour fédérale revoit la copie. La Juventus reste en Serie B, avec 17 points de pénalité au lieu de 30. Elle perd le titre de 2004-2005, qui n'est attribué à personne, et celui de 2005-2006. La Fiorentina et la Lazio sont repêchées en Serie A, mais avec des pénalités plus lourdes pour la saison suivante : 19 et 11 points. Pour le Milan, l'UEFA relève une pénalité ramenée de 44 à 30 points sur le classement 2005-2006, et de 15 à 8 points pour 2006-2007.
Le lendemain, 26 juillet, la FIGC du commissaire Rossi attribue le titre 2005-2006 à l'Inter, troisième au classement du terrain. Ce choix sera contesté par la Juventus pendant des années, jusque devant les juridictions civiles. Le 13 décembre 2018, les sections unies de la Cour de cassation italienne rejettent son recours : le titre reste à l'Inter.
Dernier étage fin octobre 2006 : la chambre d'arbitrage du CONI. La pénalité de la Juventus en Serie B tombe à 9 points, la Lazio passe de 11 à 3, la Fiorentina de 19 à 15. Celle du Milan, 8 points, est confirmée.
Radiés à vie par le football
Les dirigeants ont leur propre dossier. Moggi et Giraudo reçoivent d'abord cinq ans de suspension, avec une demande de radiation. La procédure de radiation aboutit en 2011 : le 15 juin, la commission de discipline de la FIGC radie Luciano Moggi, Antonio Giraudo et un ancien vice-président de la fédération. En juillet 2011, la Cour fédérale rejette leurs recours. Le 4 avril 2012, la Haute Cour de justice du CONI confirme les trois radiations. Sur le plan sportif, c'est définitif : ils ne peuvent plus exercer de fonction dans le football italien.
Retiens ce point pour la suite. La justice sportive a condamné sans attendre le pénal, sur ses propres règles et avec ses propres standards de preuve. Et son verdict est resté debout, même quand le procès pénal s'est terminé autrement.
Au pénal : condamnés, puis prescrits
Le procès pénal se tient à Naples. En novembre 2011, en première instance, Luciano Moggi est condamné à cinq ans et quatre mois de prison. Le 17 décembre 2013, la cour d'appel de Naples ramène sa peine à deux ans et quatre mois pour association de malfaiteurs, les faits de fraude sportive étant déjà prescrits. Antonio Giraudo, lui, écope en appel d'un an et huit mois.
Le 24 mars 2015, la Cour de cassation clôt le volet pénal. Pour Moggi et Giraudo, elle constate la prescription et annule les condamnations sans renvoi. Attention au vocabulaire, c'est exactement le genre de nuance qu'un QCM adore : ils ne sont pas acquittés, mais ils ne sont pas non plus condamnés définitivement. La prescription éteint l'action pénale sans dire qui avait raison. Au sens pénal, ni Moggi ni Giraudo n'a donc de condamnation définitive dans ce dossier. Pierluigi Pairetto bénéficie lui aussi de la prescription.
Deux anciens arbitres sont acquittés. Un troisième, Massimo De Santis, avait renoncé à la prescription pour être jugé sur le fond : sa condamnation est confirmée, avec une peine de prison assortie du sursis. Il est donc, lui, définitivement condamné.
Moggi, de son côté, a dénoncé auprès des médias une procédure menée de façon anormale et soutenu que le championnat était régulier, rapporte ESPN.
Ce que ce dossier t'apprend pour l'examen
Calciopoli est une affaire de dirigeants et d'arbitres, pas d'agents. Mais elle touche le cœur de ton futur métier : la frontière entre influence et manipulation, et le danger des casquettes multiples. Un agent vit de relations. Le règlement lui dit jusqu'où elles peuvent aller.
Ce que dit le règlement. Le Code disciplinaire de la FIFA sanctionne toute personne qui influence ou manipule illégalement, directement ou indirectement, par un acte ou une omission, « le déroulement, le résultat ou tout autre aspect d'un match », ou qui conspire ou tente de le faire : au moins cinq ans d'interdiction de toute activité liée au football et au moins 100 000 USD d'amende, jusqu'à la vie dans les cas graves (art. 20). Le même article permet de déclarer le match perdu par forfait pour le club impliqué, ou d'écarter celui-ci d'une autre compétition. Parmi les mesures possibles figurent le retrait d'un titre, la déduction de points et la relégation dans une division inférieure (art. 6). Les agents titulaires d'une licence FIFA sont soumis au code (art. 3 f). Côté agents, le Règlement FIFA sur les agents de football exige d'éviter tout conflit d'intérêts (art. 16) et interdit de travailler, dans une même transaction, pour le club de départ et le club d'arrivée (art. 12 al. 9). Pour être éligible, et le rester, l'agent ne doit être ni officiel ni employé d'un club, d'une ligue ou d'une fédération, ni détenir d'intérêts dans un club, personnellement ou via son agence (art. 5 a iv et v). En France, le Règlement des agents sportifs FFF interdit la licence à qui exerce, ou a exercé dans l'année écoulée, des fonctions de direction dans un club employant des joueurs rémunérés, ou en est actionnaire ou associé (art. 3.1, 1° et 2°).
Trois détails reviennent souvent en QCM. La manipulation de matchs se prescrit par dix ans, contre cinq ans pour la plupart des autres infractions (art. 10 b et c du Code disciplinaire). Une nouvelle infraction de même nature commise dans les dix ans suivant une manipulation ou une corruption constitue une récidive, circonstance aggravante (art. 26). Et les mesures pour manipulation de matchs ne peuvent jamais être assorties du sursis (art. 27).
Le mot « indirectement » mérite que tu t'y arrêtes. Calciopoli montre qu'on peut toucher à un match sans parler à un seul joueur, simplement en pesant sur ce qui l'entoure. C'est précisément ce que vise la formule « tout autre aspect d'un match ».
Et toi, tu aurais répondu quoi ? Une candidate à l'examen FIFA occupe un poste salarié de directrice sportive dans un club professionnel. Elle compte garder ce poste après avoir obtenu sa licence d'agent, en promettant de ne jamais représenter les joueurs de son propre club. Que prévoit le Règlement FIFA sur les agents de football ? A. C'est possible, à condition de déclarer ce conflit d'intérêts à ses clients. B. C'est possible si son club donne son accord écrit. C. C'est impossible : un officiel ou un employé de club ne remplit pas les critères d'éligibilité, ni à la demande, ni après l'obtention de la licence. D. C'est possible tant qu'elle ne représente pas un joueur de son club dans une transaction.
Bonne réponse : C. L'article 5 a iv exclut tout officiel ou employé d'un club, d'une ligue, d'une confédération ou d'une association membre, sauf les personnes nommées pour représenter les intérêts des agents. Cette condition doit être remplie dès la demande et en permanence ensuite. La A confond deux logiques : déclarer un conflit d'intérêts ne corrige pas une inéligibilité. La B et la D inventent des exceptions que le texte ne prévoit pas. Retiens l'esprit de la règle : celui qui décide dans un club ne peut pas, en même temps, vendre ses services aux autres.
Réviser l'intégrité sans tout mélanger
Pour ne pas te perdre, range les règles par tiroir. Le match touché, directement ou non, relève de l'article 20 du Code disciplinaire, avec la prescription de l'article 10 et l'interdiction du sursis de l'article 27. Les casquettes incompatibles se lisent à l'article 5 du règlement FIFA et à l'article 3.1 du règlement FFF. Le conflit d'intérêts dans une transaction relève des articles 12 et 16 du règlement FIFA.
Pour aller plus loin, relis l'affaire VA-OM, l'autre grand scandale de matchs arrangés, notre fiche sur le Code disciplinaire FIFA, l'article sur les incompatibilités de l'agent et celui sur la double représentation. Depuis la loi du 3 août 2026, le terme légal pour la licence d'agent en France est d'ailleurs « carte professionnelle d'agent sportif ». Et pour mesurer où tu en es, lance le quiz gratuit ou l'essai de la plateforme, sans carte bancaire.
Sources
- RSI : Calciopoli, vingt ans après (italien)
- Sky Sport Italia : toutes les étapes de la justice sportive (italien)
- UEFA.com, 25 juillet 2006 : décisions de la Cour fédérale (anglais)
- Al Jazeera, 28 octobre 2006 : l'arbitrage du CONI (anglais)
- Corriere dello Sport, 13 décembre 2018 : le titre 2005-2006 reste à l'Inter (italien)
- Sports Illustrated, 13 décembre 2018 : recours de la Juventus rejeté (anglais)
- Sky Sport Italia, 9 juillet 2011 : radiation confirmée en appel fédéral (italien)
- FIGC : la Haute Cour du CONI confirme les radiations (italien)
- Il Post, 17 décembre 2013 : la peine en appel (italien)
- Sky Sport Italia, 17 décembre 2013 : l'arrêt d'appel (italien)
- Il Post, 24 mars 2015 : annulation pour prescription (italien)
- Il Fatto Quotidiano, 24 mars 2015 : l'arrêt de cassation (italien)
- Euronews, 24 mars 2015 : fin du volet pénal (anglais)
- ESPN, mars 2015 : l'affaire se termine par la prescription (anglais)
- Sport Mediaset, 2026 : Calciopoli vingt ans après (italien)
- FIFA, portail juridique : Code disciplinaire et règlement sur les agents
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Calciopoli ?
C'est le scandale révélé en mai 2006 par la publication d'écoutes issues d'une enquête du parquet de Naples sur la saison 2004-2005. Il portait sur un réseau d'influence sur le secteur arbitral et la désignation des arbitres, centré sur des dirigeants de la Juventus.
Quelles ont été les sanctions sportives définitives ?
La Juventus a été reléguée en Serie B avec 9 points de pénalité et a perdu les titres 2004-2005 (non attribué) et 2005-2006 (attribué à l'Inter). La Fiorentina, la Lazio et le Milan ont reçu des pénalités de points, la Reggina aussi. Moggi et Giraudo ont été radiés, radiation confirmée par le CONI en 2012.
Luciano Moggi a-t-il été condamné pénalement ?
Pas définitivement. Condamné en première instance puis en appel, il a vu la Cour de cassation constater la prescription le 24 mars 2015 et annuler sa condamnation sans renvoi. La prescription n'est pas un acquittement, mais elle empêche toute condamnation pénale.
Influencer la désignation d'un arbitre, est-ce de la manipulation au sens de la FIFA ?
Le Code disciplinaire vise toute influence illégale, directe ou indirecte, sur le déroulement, le résultat « ou tout autre aspect » d'un match (art. 20). La sanction de base est d'au moins cinq ans d'interdiction et 100 000 USD d'amende, sans sursis possible (art. 27).
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