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Coulisses

Footbelgate : l'agent repenti et l'enquête qui a secoué le football belge

L'équipe Sport License Academy10 min de lecture
Une tribune aux sièges bleus vides longe un banc de touche, devant une pelouse
Sommaire · 9 parties

Mercredi 10 octobre 2018. En Belgique, 44 perquisitions visent en même temps des clubs de première division, des domiciles d'agents, d'arbitres et de dirigeants. Treize autres ont lieu à l'étranger, de la France à la Macédoine. Au milieu de la toile, selon les enquêteurs, un agent de joueurs serbe qui connaît tout le monde. Trois ans plus tard, il deviendra le premier repenti de l'histoire judiciaire belge. Et huit ans après ce matin-là, le dossier n'a toujours pas été jugé.

Le jour où la police est entrée dans le foot

En néerlandais, Propere Handen. En français, « Mains propres ». La presse dira vite le Footbelgate. L'enquête a démarré fin 2017, menée depuis Hasselt, dans le Limbourg, pour le parquet fédéral. Le 10 octobre, elle sort de l'ombre : 220 policiers mobilisés dans sept pays et un grand nombre de personnes interpellées.

Les mots du parquet sont lourds : organisation criminelle, blanchiment d'argent, corruption privée. Au départ, des flux financiers suspects autour des transferts et des salaires. Puis le dossier change de dimension : des indices laissent penser que des matchs de la saison 2017-2018 ont pu être influencés.

Le 12 octobre, 19 personnes sont inculpées, dont deux arbitres, des agents et l'entraîneur du champion en titre. Neuf restent en détention. Parmi elles, deux agents : Dejan Veljkovic et Mogi Bayat, que les médias présentent alors comme l'agent le plus puissant de Belgique. Selon Reuters, le parquet leur reproche d'avoir monté des mécanismes pour cacher des commissions versées à eux-mêmes et à des joueurs. Mogi Bayat est présumé innocent : à ce jour, aucune juridiction ne l'a jugé.

Sauver Malines

Le volet le plus explosif concerne le terrain. Saison 2017-2018, le KV Malines lutte pour ne pas descendre. Selon le parquet, cité par Reuters, Dejan Veljkovic s'est entendu avec des dirigeants et des arbitres pour éviter la relégation du club. Le 11 mars 2018, dernière journée de la phase classique, Malines reçoit Waasland-Beveren. Ce match devient le cœur du dossier sportif.

Ironie de l'histoire : Malines descend quand même. Et le dossier va lui coûter cher un an plus tard. Un des arbitres inculpés est soupçonné, toujours selon Reuters, pour des rencontres de cette journée impliquant les deux clubs, et pour un Antwerp-Eupen plus ancien où il avait sifflé un penalty pour une faute commise juste hors de la surface. Les deux arbitres visés attendent encore de connaître leur sort judiciaire et sont présumés innocents.

La justice du foot tranche la première

L'Union belge ouvre sa propre procédure, appuyée notamment sur des écoutes téléphoniques et une enquête interne. En avril 2019, son parquet réclame la rétrogradation de Malines et de Waasland-Beveren, avec des points de pénalité.

Entre-temps, Malines a gagné le titre en deuxième division et la Coupe de Belgique, qui lui ouvre la Ligue Europa. Le 1er juin 2019, la commission des litiges d'appel pour le football professionnel coupe l'élan. Malines est condamné pour falsification de la compétition : maintien en D1B, 12 points de pénalité, exclusion de la Coupe de Belgique pour une saison. Quatre de ses administrateurs sont condamnés. Trois agents de joueurs sont reconnus coupables de falsification de la compétition.

Waasland-Beveren, lui, est déclaré non coupable. Mais deux de ses administrateurs sont condamnés pour une raison qui doit te marquer : ils n'ont pas satisfait à leur devoir d'information. Ils n'ont pas truqué le match. Ils se sont tus.

Malines fait appel devant la Cour belge d'arbitrage pour le sport (CBAS). Le 10 juillet 2019, elle juge qu'une rétrogradation ne peut pas être infligée après la fin de la saison au cours de laquelle les faits ont été commis : Malines jouera bien en première division. Le 17 juillet, elle confirme en revanche la culpabilité du club et de quatre administrateurs pour des actes de falsification de la compétition. Sanction définitive : pas de Coupe de Belgique et pas de coupe d'Europe pendant une saison.

Le repenti

Côté pénal, c'est Dejan Veljkovic lui-même qui fait basculer le dossier. Il choisit de collaborer. Une loi belge de 2018 permet au parquet de promettre une peine allégée à un suspect qui livre des informations sincères, complètes et révélatrices. Un juge contrôle l'accord. Si le repenti ment ou récidive, la promesse peut tomber.

Après des mois de vérifications, le 25 novembre 2021, la chambre des mises en accusation de la cour d'appel d'Anvers lui accorde le statut de repenti, une première dans l'histoire judiciaire du pays. Sa peine : cinq ans de prison avec sursis, 80 000 euros d'amende avec sursis, et la confiscation de biens acquis illégalement, pour environ 4 millions d'euros. Il évite la prison, mais comme le rappelait La Libre, une peine négociée reste une peine.

La RTBF évoque de fausses factures de « scouting » qui ont permis de contourner le fisc dans de nombreux clubs de l'élite. Quelques jours après l'accord, la VRT révèle un mémo tiré de sa comptabilité parallèle : l'agent y détaille des paiements en liquide qu'il dit avoir versés à des entraîneurs et à des dirigeants lors de transferts. Les personnes citées contestent ou réservent leur défense. L'avocat de l'une d'elles affirme que Veljkovic invente pour alléger sa peine. La parole d'un repenti reste une parole : elle devra affronter les preuves devant un juge.

Huit ans après, toujours pas de procès

En janvier 2022, le parquet fédéral demande le renvoi devant le tribunal correctionnel de 57 des 73 suspects. Les préventions vont du faux au blanchiment, en passant par la corruption d'arbitres, les matchs arrangés et l'appartenance à une organisation criminelle. La VRT parle d'environ 30 millions d'euros de flux douteux.

En décembre 2022, le parquet se dit ouvert à des transactions pénales pour les suspects qui ne risquent pas plus de deux ans de prison. Le 22 décembre, la chambre des mises en accusation d'Anvers en valide dix, dont plusieurs pour des dirigeants de grands clubs. Attention au vocabulaire : une transaction pénale éteint les poursuites contre paiement. Ce n'est ni une condamnation ni un aveu de culpabilité.

En septembre 2026, le bilan est le suivant : 22 suspects ont transigé, pour plus de 1,6 million d'euros d'amendes, de confiscations et d'impôts rattrapés. Deux sont décédés. Il en reste 33. Le 10 septembre 2026, ils devaient comparaître devant la chambre des mises en accusation d'Anvers, chargée de décider s'ils seront renvoyés devant un tribunal. Ce jour-là, l'avocat de l'un d'eux demande la récusation du président, qui avait déjà eu à connaître, dans une autre fonction, de l'accord conclu avec le repenti. La demande est acceptée. Tout s'arrête jusqu'au 15 octobre 2026. Parmi les 33 figure Mogi Bayat. Comme tous les autres, il est présumé innocent.

Ce qu'un agent n'a pas le droit de faire

Retire les noms et les millions. Il reste des gestes : une enveloppe pour conclure un transfert, une commission maquillée en facture, un coup de fil pour arranger un match, un silence après une approche. Chacun a son article, et ces articles tombent à l'examen.

Ce que dit le règlement. Un agent ne peut pas offrir ni verser, directement ou indirectement, un avantage indu, personnel, pécuniaire ou autre, à un officiel ou à un employé d'une association membre, d'un club ou d'une ligue (art. 16 al. 3 b Règlement FIFA sur les agents de football). Côté client, club ou joueur, accepter ou réclamer un tel avantage est tout aussi interdit (art. 18 al. 2 b). L'agent doit éviter tout conflit d'intérêts (art. 16 al. 2 c) et signaler toute infraction à l'organe compétent (art. 16 al. 2 i). Pour obtenir et garder sa licence, il ne doit jamais avoir été reconnu coupable dans une procédure pénale, « ni aucun accord y afférent », portant notamment sur la corruption, le blanchiment d'argent, l'évasion fiscale, la fraude ou la manipulation de matches (art. 5 al. 1 a ii). Enfin, le Code disciplinaire de la FIFA, qui s'applique aux agents titulaires d'une licence FIFA (art. 3 f), punit toute manipulation d'un match, ou sa simple tentative, d'une interdiction d'au moins cinq ans d'exercer toute activité liée au football et d'une amende d'au moins 100 000 dollars, voire d'une interdiction à vie dans les cas graves (art. 20 al. 1).

Deux détails font la différence en QCM. Le premier : la manipulation de matches se prescrit par dix ans, contre cinq pour la plupart des autres infractions (art. 10 al. 1 du Code disciplinaire). Le second : les mesures disciplinaires pour manipulation de matches ne peuvent pas être assorties du sursis.

Contre l'argent caché, le règlement FIFA mise sur la transparence. Toute indemnité de service doit passer par la Chambre de compensation de la FIFA (art. 14 al. 13), sauf tant que le règlement de la Chambre ne fixe pas ces paiements : ils vont alors directement à l'agent. L'agent dépose aussi sur la plateforme, dans les 14 jours, ses accords et les informations sur les paiements reçus (art. 16 al. 2 j).

En France, le Règlement des agents sportifs de la FFF ferme la même porte. Nul ne peut détenir la licence s'il a été condamné pénalement pour des agissements contraires à l'honneur ou à la probité, ou pour fraude fiscale (art. 1741 du Code général des impôts) : la C.F.A.S. la retire, et le bénéfice de l'examen est perdu (art. 3.1). En disciplinaire, elle peut aller jusqu'au retrait, assorti le cas échéant d'une interdiction d'obtenir une autre licence pendant cinq ans au plus (art. 7.2.1). Depuis la loi du 3 août 2026, le terme légal est d'ailleurs « carte professionnelle d'agent sportif ».

Et toi, tu aurais répondu quoi ? Un agent titulaire d'une licence FIFA reçoit un appel. Un intermédiaire lui propose de convaincre un joueur de lever le pied lors d'un match d'une compétition de la FIFA. L'agent refuse et raccroche. Que prévoit le Code disciplinaire de la FIFA ? A. Rien : il a refusé, il n'y a donc aucune infraction. B. Il doit signaler l'approche immédiatement et spontanément au secrétariat de la Commission de discipline de la FIFA, sous peine d'au moins deux ans d'interdiction de toute activité liée au football et d'au moins 15 000 dollars d'amende. C. Il doit seulement prévenir le club du joueur, qui décide des suites. D. Le code ne le concerne pas : il vise uniquement les joueurs, les officiels et les arbitres.

Bonne réponse : B. L'article 20 al. 3 du Code disciplinaire impose ce signalement à toute personne soumise au code, avec cette sanction en cas de manquement. La A est le piège classique : refuser ne suffit pas, se taire est déjà une faute. La C se trompe de destinataire. La D oublie que les agents titulaires d'une licence FIFA sont expressément soumis au code (art. 3 f). C'est la leçon de Waasland-Beveren : devant l'Union belge, deux dirigeants ont été condamnés non pour avoir arrangé un match, mais pour ne pas avoir informé.

Réviser l'intégrité sans se perdre

Pour t'y retrouver, sépare l'argent du terrain. L'argent qui circule mal relève du règlement sur les agents (art. 14, 16 et 18). Le match qu'on touche relève de l'article 20 du Code disciplinaire. Le passé judiciaire, lui, se lit dans les critères d'éligibilité : article 5 côté FIFA, article 3.1 côté FFF.

Le détail des sanctions est dans notre fiche sur le Code disciplinaire FIFA, les obligations de l'agent dans l'article sur la licence FIFA et, pour la France, dans celui sur le Règlement des agents sportifs FFF. Pour une autre histoire de coulisses, relis l'affaire Tevez. Et pour savoir où tu en es, lance le quiz gratuit : dix questions, corrigé immédiat.

Sources

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Footbelgate ?

C'est le surnom de l'enquête belge « Mains propres » (Propere Handen), rendue publique le 10 octobre 2018 par des perquisitions. Elle porte sur des soupçons de blanchiment et de corruption autour des transferts, et de matchs arrangés en 2017-2018.

Où en est la procédure en 2026 ?

Aucun procès n'a eu lieu. En septembre 2026, 22 suspects ont transigé, deux sont décédés et 33 attendent que la chambre des mises en accusation d'Anvers décide de leur renvoi devant un tribunal, audience reportée au 15 octobre. Ils sont présumés innocents.

Un agent peut-il faire un cadeau à un dirigeant de club ?

Pas s'il s'agit d'un avantage indu. Le Règlement FIFA sur les agents interdit d'en offrir ou d'en verser, même indirectement, à un officiel ou un employé d'un club, d'une association membre ou d'une ligue (art. 16 al. 3 b). Le club n'a pas le droit de l'accepter (art. 18 al. 2 b).

Que risque un agent impliqué dans la manipulation d'un match ?

Le Code disciplinaire de la FIFA prévoit au moins cinq ans d'interdiction de toute activité liée au football et une amende d'au moins 100 000 dollars, voire une interdiction à vie dans les cas graves (art. 20 al. 1). Ne pas signaler une approche coûte déjà au moins deux ans et 15 000 dollars (art. 20 al. 3).

Le dossier

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