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Coulisses

Affaire VA-OM : l'enveloppe, le titre perdu et le défenseur qui a dit non

L'équipe Sport License Academy10 min de lecture
Un drapeau de corner au premier plan, devant des tribunes plongées dans la pénombre et un terrain éclairé par les projecteurs
Sommaire · 9 parties

19 mai 1993, un soir de printemps dans le Nord. À l'hôtel où l'équipe de Valenciennes est réunie avant de recevoir l'Olympique de Marseille, un téléphone sonne. Au bout du fil, un joueur marseillais, puis le directeur général de l'OM. Le lendemain soir, à la mi-temps, un défenseur valenciennois nommé Jacques Glassmann raconte ce qu'on lui a proposé. Six jours plus tard, l'OM soulève la Coupe d'Europe à Munich. Quelques mois après, le club perd son titre de champion de France, puis sa place en première division, et son président finit en prison.

Le coup de fil de la veille

Tout tient dans le calendrier. Le jeudi 20 mai 1993, l'OM joue à Valenciennes en championnat de Division 1. Le mercredi suivant, 26 mai, il dispute à Munich la finale de la toute nouvelle Ligue des champions contre l'AC Milan. Les Marseillais ont besoin de ce match du Nord pour boucler le titre, et ils veulent arriver en Bavière sans blessé.

Le 19 mai au soir, selon le récit reconstitué par franceinfo à partir de l'enquête, trois joueurs de Valenciennes sont ciblés : Christophe Robert, Jorge Burruchaga et Jacques Glassmann. Jean-Jacques Eydelie, joueur de l'OM, passe un appel, puis tend le combiné à Jean-Pierre Bernès, le directeur général du club marseillais. Le message est simple : lever le pied le lendemain, ne pas mettre d'intensité, contre de l'argent.

Deux joueurs acceptent. Glassmann, lui, passe une mauvaise nuit. Le lendemain matin, après l'entraînement, il se confie à son entraîneur, Boro Primorac, qui prévient le président du club.

Le même soir du 19, un détail va peser lourd dans la suite du dossier : une enveloppe d'argent liquide est remise sur un parking à l'épouse de Christophe Robert. C'est une avance.

La mi-temps qui change tout

Le 20 mai, Robert et Burruchaga sont alignés. L'OM ouvre le score en première période et gagne 1-0. C'est dans le couloir que tout se joue.

À la pause, Glassmann parle. Il signale la tentative de corruption à l'arbitre de la rencontre et aux officiels présents. Après le coup de sifflet final, il le répète devant les journalistes. L'OM, lui, est champion et prépare Munich.

Le 26 mai, Basile Boli marque à la 44e minute et Marseille bat Milan 1-0. C'est le premier club français à gagner la Coupe d'Europe des clubs champions. L'affaire, elle, ne fait que commencer.

L'enveloppe du jardin

Le 8 juin 1993, la Ligue nationale de football porte plainte. Le procureur de la République de Valenciennes, Éric de Montgolfier, ouvre une information judiciaire, confiée au juge d'instruction Bernard Beffy.

Le 24 juin, les enquêteurs trouvent ce que tout le monde cherche : une enveloppe contenant 250 000 francs, enterrée dans le jardin d'une tante de Christophe Robert. L'argent ne peut plus être nié. Trois jours plus tard, le 27 juin, Jean-Jacques Eydelie se présente au juge et il est placé en détention. Il finit par confirmer le mécanisme.

Le 7 juillet, le juge met en examen Bernès, Eydelie, Burruchaga et Robert. À ce stade, le président de l'OM, Bernard Tapie, n'est pas encore poursuivi. Il sera mis en examen le 10 février 1994 pour complicité de corruption et subornation de témoins. Le second volet vise ses démarches auprès de témoins, dont l'entraîneur valenciennois Boro Primorac, pour orienter leurs déclarations. Devant la cour d'appel, il finira par reconnaître lui avoir demandé de porter le chapeau, selon la chronologie publiée par La Libre Belgique.

Le titre retiré, la descente en D2

La justice sportive n'attend pas le procès pénal. Le 6 septembre 1993, le comité exécutif de l'UEFA exclut l'OM de la Ligue des champions 1993-1994, qu'il devait disputer en tenant du titre. Monaco prend sa place. Le 22 septembre, la Fédération française de football retire à l'OM son titre de champion de France 1992-1993 et suspend Bernès, Eydelie, Robert et Burruchaga. Le 27 septembre, l'UEFA et la FIFA étendent les sanctions au niveau international : Marseille ne dispute ni la Supercoupe d'Europe ni la Coupe intercontinentale auxquelles son titre européen lui donnait droit.

Le titre de 1993 n'a été réattribué à aucun club : la saison 1992-1993 reste sans champion de France.

Le 22 avril 1994, la sanction la plus lourde tombe : l'OM est rétrogradé administrativement en Division 2. La Coupe d'Europe gagnée à Munich, elle, n'a jamais été retirée.

250 000 Fdans l'enveloppe retrouvée le 24 juin 1993
1992-1993saison sans champion de France
D2rétrogradation de l'OM le 22 avril 1994
165 jourspassés en détention par Bernard Tapie en 1997

Le procès de Valenciennes

Le procès s'ouvre le 13 mars 1995 devant le tribunal correctionnel de Valenciennes. Il tourne vite au duel entre Tapie et Bernès, qui s'accusent mutuellement. Le jugement est rendu le 15 mai 1995.

Bernard Tapie est condamné à deux ans de prison, dont un ferme, pour corruption et subornation de témoins, avec trois ans d'inéligibilité et 20 000 francs d'amende. Jean-Pierre Bernès, Jean-Jacques Eydelie, Christophe Robert et Jorge Burruchaga sont condamnés à des peines de prison avec sursis, assorties d'amendes. L'épouse de Christophe Robert est elle aussi condamnée avec sursis. Jacques Glassmann, partie civile, obtient un franc symbolique de dommages et intérêts.

Le 28 novembre 1995, la cour d'appel de Douai confirme la culpabilité de Bernard Tapie pour complicité de corruption et subornation de témoins, et fixe sa peine à deux ans de prison dont huit mois ferme, trois ans d'inéligibilité et 20 000 francs d'amende. Il est incarcéré en février 1997 et obtient une libération conditionnelle en juillet 1997, après 165 jours de détention.

Glassmann, lui, a payé autrement. Il a raconté à La Libre Belgique les insultes et les mois sans salaire qui ont suivi. Il a poursuivi sa carrière à La Réunion, avant de revenir travailler auprès de sportifs en reconversion.

Ce que disent les textes que tu vas réviser

En 1993, les juges ont appliqué le droit pénal et les règlements de l'époque. Les textes actuels, au programme de l'épreuve spécifique, vont plus loin.

Ce que dit le règlement. Toute personne qui influence ou manipule illégalement le déroulement, le résultat ou tout autre aspect d'un match, directement ou indirectement, par un acte ou une omission, ou qui conspire ou tente de le faire, est sanctionnée d'une interdiction d'au moins cinq ans d'exercer toute activité relative au football et d'une amende d'au moins 100 000 USD ; dans les cas graves, l'interdiction peut aller jusqu'à la vie entière (art. 20 al. 1 du Code disciplinaire de la FIFA). Le club dont un joueur ou un officiel est impliqué peut perdre le match par forfait ou être déclaré inéligible pour une autre compétition (art. 20 al. 2). Surtout, toute personne soumise au code doit signaler immédiatement et spontanément au secrétariat de la Commission de Discipline de la FIFA toute approche liée à une possible manipulation ; ne pas le faire coûte au moins deux ans d'interdiction et 15 000 USD d'amende (art. 20 al. 3).

Trois détails à retenir pour les QCM. La manipulation de matchs se prescrit par dix ans, contre cinq ans pour la plupart des autres infractions (art. 10 al. 1 b). Les sanctions pour manipulation ne peuvent pas être assorties du sursis (art. 27 al. 4). Et la récidive est retenue pendant dix ans quand la première infraction relevait de la manipulation de matchs ou de la corruption (art. 26).

En France, l'article 124 des Règlements généraux de la FFF dit la même chose avec ses mots. Il interdit à toute personne d'agir pour influencer le déroulement ou le résultat normal et équitable d'un match en vue d'obtenir un avantage pour elle-même ou pour un tiers. Les assujettis doivent rapporter spontanément aux instances quand ils sont contactés pour participer à une manipulation, et dénoncer tout comportement de ce type dont ils ont connaissance (art. 124, 4). Et les agents sportifs licenciés figurent en toutes lettres parmi les « acteurs des compétitions » visés par ces interdictions, paris sportifs compris (art. 124, 3, d).

Relis l'histoire avec ces textes en tête. Glassmann a fait, en 1993, exactement ce que l'article 20 al. 3 exige aujourd'hui de chacun. Pour réviser le reste du code, lis notre fiche sur le Code disciplinaire FIFA.

Ce qu'un futur agent doit en retenir

Un agent parle tous les jours à des joueurs, à des dirigeants, à des intermédiaires. C'est exactement le genre de personne qu'on peut appeler la veille d'un match pour « faire passer un message ».

Côté FIFA, un candidat à la licence ne doit jamais avoir été reconnu coupable dans une procédure pénale portant notamment sur la corruption ou la manipulation de matchs (art. 5 al. 1 a ii du Règlement FIFA sur les agents de football). Il ne doit pas non plus avoir eu d'intérêt dans une entreprise de paris sportifs au cours des douze mois précédant sa demande (art. 5 al. 1 d). Et ces critères valent en permanence, pas seulement le jour de l'examen (art. 5 al. 2). Le même règlement interdit à l'agent d'offrir ou de verser un avantage indu à un officiel ou à un employé d'un club dans le cadre de ses services (art. 16). Pour le reste, lis notre article sur la licence d'agent FIFA.

Côté FFF, nul ne peut obtenir ni détenir la licence d'agent sportif s'il a fait l'objet d'une condamnation pénale pour des agissements contraires à l'honneur, à la probité ou aux bonnes mœurs, ou d'une sanction disciplinaire au moins équivalente à une suspension pour manquement à l'éthique (art. 3.1, 5° et 6° du Règlement des agents sportifs FFF). Ces conditions s'appliquent aussi longtemps que l'agent exerce, et la C.F.A.S. retire la licence de celui qui tombe sous le coup d'une de ces incapacités, ce qui fait perdre le bénéfice de l'examen. Le détail est dans notre article sur le Règlement des agents sportifs FFF.

Concrètement, si un jour quelqu'un te demande de transmettre une proposition à un joueur que tu conseilles, tu ne choisis pas entre te taire et accepter. Le texte te demande de signaler l'approche, tout de suite.

Et toi, tu aurais répondu quoi ? La veille d'un match, un joueur est contacté par un intermédiaire qui lui propose de l'argent pour « ne pas forcer ». Il refuse immédiatement, mais n'en parle à personne. Selon l'article 20 du Code disciplinaire de la FIFA, quelle est sa situation ? A. Il ne risque rien, puisqu'il a refusé la proposition. B. Il devait signaler l'approche immédiatement et spontanément ; à défaut, il encourt au moins deux ans d'interdiction et 15 000 USD d'amende. C. Il dispose de 30 jours pour signaler l'approche à sa fédération nationale. D. Seul son club est tenu de signaler l'approche à la FIFA.

Bonne réponse : B. L'article 20 al. 3 impose à toute personne soumise au code de signaler « immédiatement et spontanément » au secrétariat de la Commission de Discipline toute approche liée à une possible manipulation, et sanctionne le silence d'une interdiction d'au moins deux ans et d'une amende d'au moins 15 000 USD. La A confond refuser et signaler : le texte exige les deux. La C invente un délai qui n'existe pas, le mot est « immédiatement ». La D se trompe de destinataire de l'obligation : elle pèse sur chaque personne. Pour t'entraîner sur ce genre de piège, fais le quiz gratuit, ou lance l'essai gratuit de la plateforme. Et quand tu voudras travailler les trois épreuves d'un coup, tout est sur la page de l'offre.

Si ce genre d'histoire te parle, lis aussi l'affaire du Footbelgate, où c'est cette fois un agent de joueurs qui s'est retrouvé au centre de l'enquête.

Sources

Questions fréquentes

Pourquoi l'OM a-t-il perdu son titre de champion de France 1993 ?

Parce que des dirigeants et un joueur de l'OM ont tenté de corrompre des joueurs de Valenciennes avant le match du 20 mai 1993. La FFF a retiré le titre le 22 septembre 1993, et il n'a été attribué à aucun autre club.

L'OM a-t-il perdu sa Ligue des champions 1993 ?

Non. Le trophée gagné à Munich le 26 mai 1993 contre Milan n'a pas été retiré. En revanche, l'UEFA a exclu l'OM de l'édition 1993-1994, et le club n'a disputé ni la Supercoupe d'Europe ni la Coupe intercontinentale.

Quelle peine Bernard Tapie a-t-il reçue dans l'affaire VA-OM ?

Le 28 novembre 1995, la cour d'appel de Douai l'a condamné pour complicité de corruption et subornation de témoins à deux ans de prison dont huit mois ferme, trois ans d'inéligibilité et 20 000 francs d'amende. Il a été détenu de février à juillet 1997.

Que risque aujourd'hui quelqu'un qui ne signale pas une tentative de manipulation ?

Selon l'article 20 al. 3 du Code disciplinaire de la FIFA, au moins deux ans d'interdiction d'exercer toute activité liée au football et au moins 15 000 USD d'amende. En France, l'article 124 des Règlements généraux de la FFF impose aussi de rapporter spontanément toute approche.

Le dossier

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