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9 juin 2006, tribunal correctionnel de Marseille. Quatorze prévenus attendent le jugement d'une affaire qui porte sur quinze transferts réalisés par l'Olympique de Marseille entre 1997 et 1999. Dans le box, il y a l'actionnaire principal du club, son ancien entraîneur et, pour l'essentiel, des agents de joueurs. Au cœur du dossier, une question simple : où sont passés les quelque 22 millions d'euros que la justice soupçonne d'avoir quitté les caisses du club à l'occasion de ces transferts ?
Marseille, fin des années 1990
En décembre 1996, Robert Louis-Dreyfus devient l'actionnaire majoritaire de l'OM. L'homme d'affaires veut remettre le club en haut de l'affiche. Rolland Courbis s'installe sur le banc. Pendant deux saisons, le mercato marseillais tourne à plein régime : des joueurs arrivent de partout, notamment d'Afrique et d'Amérique du Sud.
Sur le moment, rien n'apparaît dans les comptes officiels. Un transfert, c'est un prix convenu entre deux clubs, parfois un agent au milieu, et des virements. Tant que les écritures tombent juste, personne ne va regarder plus loin. C'est justement ce « plus loin » que des enquêteurs vont fouiller pendant des années.
L'enquête remonte les virements
Une information judiciaire est ouverte à Marseille sur les transferts de cette période. Elle s'intéresse aux commissions versées à l'occasion des opérations et aux circuits empruntés par l'argent. En juillet 2002, Rolland Courbis, alors fraîchement nommé entraîneur de l'AC Ajaccio, est mis en examen dans ce dossier. Après 48 heures de garde à vue, il est remis en liberté contre une caution de 770 000 euros, avec l'interdiction d'exercer son métier d'entraîneur. Ajaccio attaque sa saison sans lui. L'interdiction est levée en janvier 2003, mais les poursuites continuent.
L'instruction prend des années. Au bout, quatorze personnes sont renvoyées devant le tribunal : Robert Louis-Dreyfus, Rolland Courbis, d'anciens dirigeants du club et une majorité d'agents de joueurs. Selon l'accusation, une quinzaine de transferts ont servi à faire sortir de l'argent du club, avec à la clé des commissions occultes et des compléments de rémunération non déclarés.
La mécanique d'un transfert gonflé
Pour comprendre ce que la justice reprochait, il faut regarder ce qu'est un prix de transfert. Il n'existe aucune cote officielle. Le montant ne s'explique que par l'accord entre le club qui vend et celui qui achète. Le rapport d'information de l'Assemblée nationale sur les transferts et le rôle des agents, publié en février 2007, le résume sans détour : il est facile de surévaluer un transfert, avec l'accord du partenaire, pour récupérer plus tard le surplus.
Ce même rapport décrit, de manière générale et sans viser un club en particulier, les grandes techniques relevées par le Service central de prévention de la corruption. L'achat fictif, où l'argent part en entier sur un compte secret. La surfacturation, où l'on paie plus que le prix réel et où le partenaire reverse la différence. Le prêt d'un joueur qui ne joue jamais pour le club qui paie, ou encore l'option d'achat réglée sans intention de l'exercer. Dans chaque cas, un intermédiaire installé à l'étranger rend le circuit plus difficile à suivre.
C'est là que l'agent devient la pièce qui compte. Sur le papier, il est celui qui touche la commission. Si personne ne vérifie qui l'a mandaté, combien il perçoit et sur quel compte, sa facture peut servir d'habillage à n'importe quel flux. Les députés notent d'ailleurs, dans le même rapport, les mises en examen d'intermédiaires qui exerçaient l'activité d'agent sans y être habilités, dans plusieurs dossiers de clubs français.
Le jugement de juin 2006
Le tribunal correctionnel de Marseille rend sa décision le 9 juin 2006. Treize des quatorze prévenus sont condamnés, parmi lesquels plusieurs agents de joueurs. L'ancien directeur général du club est relaxé.
Rolland Courbis écope de trois ans et demi de prison, de 375 000 euros d'amende et de cinq ans d'interdiction d'exercer dans le football. Le tribunal le déclare coupable, notamment d'abus de biens sociaux, pour avoir bénéficié de compléments de rémunération occultes lors de ces transferts. Robert Louis-Dreyfus est condamné à trois ans de prison avec sursis et 375 000 euros d'amende. Les deux hommes font appel.
Au Parlement, la mission d'information entend au même moment les acteurs du football. L'une des personnes auditionnées y relève qu'à Marseille, les agents, des dirigeants et l'ancien entraîneur ont été sanctionnés, mais qu'aucun joueur ne figurait parmi les prévenus.
De l'appel à la cassation
Le 17 octobre 2007, la cour d'appel d'Aix-en-Provence allège les peines. Rolland Courbis est condamné à deux ans de prison et 200 000 euros d'amende. L'interdiction d'exercer dans le football disparaît, ce qui lui permet de continuer à entraîner. Robert Louis-Dreyfus voit sa peine ramenée à dix mois avec sursis et 200 000 euros d'amende. Pour deux agents qui avaient fait appel, la cour prononce des peines de prison.
Les deux hommes se pourvoient en cassation. Le 22 octobre 2008, la Cour de cassation rejette leurs pourvois : leurs condamnations deviennent définitives. En septembre 2009, Rolland Courbis est interpellé à la sortie du stade Vélodrome, où il venait d'assister à OM-Montpellier, puis incarcéré aux Baumettes pour exécuter le reste de sa peine.
Robert Louis-Dreyfus est mort en juillet 2009, à 63 ans, après une longue maladie, toujours actionnaire du club. Rolland Courbis, devenu entre-temps consultant radio, est mort le 12 janvier 2026, à 72 ans.
Ce qui a changé depuis, et ce que tu dois savoir
Les faits jugés à Marseille datent d'avant la loi du 6 juillet 2000, qui a renforcé l'encadrement des agents sportifs en France. Depuis, l'idée directrice n'a pas bougé : l'argent versé à un agent doit pouvoir se rattacher à un mandat écrit que la fédération a entre les mains. Relis l'affaire avec cette grille en tête, et regarde où les garde-fous actuels auraient accroché.
Ce que dit le règlement. En France, un agent sportif ne peut représenter un joueur, un entraîneur ou un club qu'avec un contrat d'agent écrit, et il n'agit que pour une seule des parties. Ce contrat dure deux ans au plus, sans reconduction tacite, et un exemplaire est transmis à la FFF dans le mois de sa signature (art. 6.2.1 du Règlement des agents sportifs FFF). Pour un joueur majeur ou un entraîneur, il précise le montant de la rémunération, plafonné à 10 % du contrat conclu, tous agents confondus, le nom de la partie qui paie et les modalités de paiement. Le club peut régler tout ou partie de cette rémunération par accord entre l'agent et les parties, l'agent lui en donnant quittance (art. 6.2.2). Dans le mois, l'agent transmet au délégué aux agents sportifs le contrat d'agent, les contrats conclus par son entremise et, le cas échéant, la convention tripartite de paiement par le club (art. 6.3.1). La rémunération ne peut être versée qu'après transmission du contrat d'agent à la FFF (art. 6.4). Enfin, recourir à une personne qui exerce sans licence expose le club, le joueur ou l'entraîneur à des poursuites disciplinaires et pénales, et le nom de l'agent doit figurer sur tout contrat négocié par son entremise (art. 6.7).
Côté FIFA, la logique est la même, avec ses propres outils. Seul un agent titulaire de la licence FIFA peut fournir des services d'agent (art. 11 al. 1 du Règlement FIFA sur les agents de football), et seulement après un accord de représentation écrit (art. 12 al. 1). Un client ne peut pas recourir à une personne sans licence, ni offrir à un agent une contrepartie qui sort de l'indemnité de service convenue (art. 18 al. 2 a et c). Le texte prévoit que l'indemnité est payée par le client, sur facture (art. 14 al. 2 et 4), puis via la Chambre de compensation de la FIFA (art. 14 al. 13), et que les détails des transactions impliquant des agents, montants compris, sont publiés (art. 19). L'agent dépose ses accords et les paiements reçus sur la plateforme de la FIFA dans les 14 jours (art. 16 al. 2 j).
Attention à un point que l'examen peut tester. Après une injonction du tribunal de Dortmund du 24 mai 2023, la FIFA a suspendu dans le monde entier plusieurs de ces règles, dont les plafonds de l'article 15, les modalités de paiement de l'article 14, la publication et le passage par la Chambre de compensation, dans l'attente d'une décision de la Cour de justice de l'Union européenne, selon les informations disponibles en 2026. Le texte officiel de l'édition 2025 ne le mentionne pas. Apprends donc les règles telles qu'elles sont écrites, et retiens qu'elles sont suspendues. Tout le détail est dans notre article sur la rémunération de l'agent.
Et toi, tu aurais répondu quoi ? Un joueur majeur signe dans un club de Ligue 1 un contrat de travail. Deux agents sont intervenus dans l'opération. Selon le Règlement des agents sportifs FFF, laquelle de ces situations est conforme ? A. Chaque agent perçoit 10 % du montant du contrat, puisque chacun a son propre contrat d'agent. B. Par accord entre l'agent du joueur et les parties, le club règle la rémunération de cet agent, qui lui en donne quittance, et la convention tripartite est transmise au délégué dans le mois. C. Le club verse la commission le jour de la signature, et l'agent transmettra son contrat d'agent à la FFF dans les semaines qui suivent. D. Le club rémunère un intermédiaire sans licence qui a présenté le joueur, à condition que son nom figure dans le contrat de travail.
Bonne réponse : B. L'article 6.2.2 permet au club de payer tout ou partie de la rémunération de l'agent, par accord entre celui-ci et les parties, l'agent donnant quittance au club, et l'article 6.3.1 impose de transmettre la convention tripartite dans le mois de sa signature. La A dépasse le plafond : quand plusieurs agents interviennent, le total de leurs rémunérations ne peut pas excéder 10 % du contrat (art. 6.2.2). La C inverse l'ordre imposé par l'article 6.4 : pas de versement avant la transmission du contrat d'agent à la FFF. La D est la plus dangereuse : recourir à une personne sans licence expose à des poursuites disciplinaires et pénales (art. 6.7), et mentionner son nom n'y change rien.
Réviser ces articles sans les mélanger
Garde l'affaire des comptes de l'OM comme une carte mentale. Dans un montage de ce genre, le problème n'est pas seulement le montant du transfert, c'est surtout qu'on ne sait plus qui a été payé ni à quel titre. Les règles actuelles répondent à ce trou article par article, et les QCM adorent les croiser : le plafond de 10 % avec la règle « tous agents confondus », le délai d'un mois avec la liste des documents, l'article 6.4 avec l'ordre des opérations.
Le Règlement des agents sportifs FFF est détaillé dans notre fiche dédiée, et le volet FIFA dans l'article sur la licence d'agent FIFA. Pour une autre histoire où l'argent d'un transfert n'allait pas là où on le croyait, lis l'affaire Tevez et la tierce propriété, ou le Footbelgate. Et pour savoir où tu en es sur ces articles, lance le quiz gratuit, puis poursuis avec l'essai gratuit, sans carte bancaire.
Sources
- Assemblée nationale, rapport d'information n° 3741 sur les conditions de transfert des joueurs professionnels de football et le rôle des agents sportifs, présenté par Dominique Juillot, 20 février 2007
- France 24, 22 octobre 2008, « Peines de prison confirmées pour Courbis et Louis-Dreyfus »
- franceinfo, « Rolland Courbis interpellé au Stade Vélodrome »
- Eurosport, octobre 2007, « Courbis dans la tourmente » (arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence)
- UEFA.com, 4 juillet 2002, « Ajaccio hit by Courbis ban »
- UEFA.com, 10 janvier 2003, « Courbis cleared for Ajaccio return »
- CBS News, juillet 2009, sur la mort de Robert Louis-Dreyfus et sa condamnation dans l'affaire des transferts
- UEFA.com, juillet 2009, hommage à Robert Louis-Dreyfus
- Foot Mercato, janvier 2026, « Rolland Courbis est décédé »
- FFF, Règlement des agents sportifs (édition 2026-2027)
- FIFA, Règlement sur les agents de football (portail juridique de la FIFA)
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'affaire des comptes de l'OM ?
C'est une affaire judiciaire portant sur une quinzaine de transferts réalisés par l'Olympique de Marseille entre 1997 et 1999. Quatorze personnes, dont l'actionnaire principal du club, l'entraîneur et une majorité d'agents, ont été jugées à Marseille en 2006 pour des sommes estimées à environ 22 millions d'euros. Treize ont été condamnées en première instance.
Quelles condamnations sont devenues définitives ?
Le 22 octobre 2008, la Cour de cassation a rejeté les pourvois de Robert Louis-Dreyfus et de Rolland Courbis. Leurs peines d'appel sont donc définitives : dix mois avec sursis et 200 000 euros d'amende pour le premier, deux ans de prison et 200 000 euros d'amende pour le second.
Un club peut-il payer l'agent d'un joueur en France ?
Oui, par accord entre l'agent et les parties au contrat : le club règle tout ou partie de la rémunération et l'agent lui en donne quittance (art. 6.2.2 du Règlement des agents sportifs FFF). La convention tripartite est transmise au délégué aux agents sportifs dans le mois de sa signature (art. 6.3.1).
Que risque un club qui rémunère un intermédiaire sans licence ?
Recourir aux services d'une personne qui exerce l'activité d'agent sportif sans détenir la licence expose à des poursuites disciplinaires et pénales (art. 6.7 du Règlement des agents sportifs FFF). Le règlement FIFA interdit lui aussi à un client de recourir à une personne sans licence (art. 18 al. 2 a).
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