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Mars 2022, région parisienne. Paul Pogba, champion du monde 2018 et milieu de Manchester United, passe la soirée avec des amis de jeunesse. La nuit se termine dans un appartement de Seine-et-Marne, face à deux hommes cagoulés et armés qui lui réclament 13 millions d'euros. Deux ans et demi plus tard, six proches du joueur, dont son frère aîné, sont condamnés par le tribunal correctionnel de Paris. Derrière le fait divers, une question que tout agent se pose un jour : autour d'un joueur, qui parle vraiment en son nom ?
La nuit du 19 au 20 mars 2022
Paul Pogba a grandi à Roissy-en-Brie, en Seine-et-Marne. Il y a gardé des amis d'enfance. C'est l'une de ces connaissances qui le conduit, cette nuit-là, dans un appartement de Montévrain, une commune voisine.
Là, selon ce que le joueur a raconté aux enquêteurs et que le procès a ensuite examiné, deux hommes masqués et armés l'attendent. Ils lui réclament 13 millions d'euros. Le motif avancé tient en un mot : la « protection ». À les entendre, ce petit groupe l'aurait protégé tout au long de sa carrière, et il serait temps de payer. Les prévenus ont par la suite reproché au joueur de ne pas les avoir soutenus une fois devenu une star internationale, selon le compte rendu de Reuters.
Pogba refuse de verser la somme. Mais la pression ne retombe pas. Selon franceinfo, les menaces se poursuivent pendant des mois, jusqu'aux centres d'entraînement de Manchester United puis de la Juventus, qu'il rejoint à l'été 2022. Au fil des semaines, le joueur finit par remettre 100 000 euros à ses maîtres chanteurs, un montant qu'il a lui-même indiqué au cours de l'enquête.
Août 2022 : l'affaire sort de l'ombre
Jusque-là, rien n'est public. Tout bascule le 27 août 2022. Mathias Pogba, le frère aîné de Paul, publie sur les réseaux sociaux une vidéo en quatre langues : français, anglais, italien et espagnol. Il y promet de « grandes révélations » sur son frère et sur l'agente de celui-ci, l'avocate brésilienne Rafaela Pimenta. Une seconde vidéo suit, avec des accusations visant Paul.
La réponse arrive dès le lendemain. Un communiqué signé par les avocats du joueur, par sa mère, Yeo Moriba, et par son agente explique que ces vidéos « ne sont malheureusement pas une surprise ». Elles s'ajoutent, selon ce texte, à des menaces et à des tentatives d'extorsion en bande organisée visant Paul Pogba. Le communiqué précise que les autorités compétentes en Italie et en France ont été averties un mois plus tôt.
Garde en tête la liste des signataires : la famille, les avocats, l'agente. Les amis d'enfance, eux, se retrouvent de l'autre côté.
L'enquête : de l'OCLCO aux mises en examen
Le parquet de Paris confirme à Reuters qu'une enquête est ouverte depuis le 3 août 2022 pour tentative d'extorsion en bande organisée. Elle est confiée à l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), le service de la police judiciaire spécialisé dans le grand banditisme. Une information judiciaire est ensuite ouverte, et l'affaire passe entre les mains de juges d'instruction.
En septembre 2022, plusieurs amis d'enfance du joueur sont mis en examen et placés en détention provisoire. Le 17 septembre, c'est le tour de Mathias Pogba, mis en examen notamment pour extorsion en bande organisée et association de malfaiteurs, puis écroué. Devant les enquêteurs, les suspects se présentent d'abord comme des victimes : ils affirment avoir eux-mêmes été menacés par un groupe armé inconnu, qui réclamait les 13 millions. Le tribunal les a finalement condamnés.
L'instruction dure plus de deux ans. Au bout du chemin, les juges renvoient six hommes devant le tribunal correctionnel de Paris : le frère du joueur et cinq amis d'enfance ou anciennes connaissances. Les deux hommes armés et cagoulés de la nuit de mars 2022, eux, n'ont pas été identifiés.
Le procès de Paris et le jugement du 19 décembre 2024
Le procès s'ouvre le 26 novembre 2024 et se tient jusqu'au 3 décembre. Les prévenus répondent, selon les cas, d'extorsion, de séquestration, d'association de malfaiteurs ou de tentative d'extorsion.
Le 19 décembre 2024, le tribunal rend sa décision. Tous les prévenus sont condamnés à de la prison. L'homme présenté comme l'instigateur du chantage reçoit la peine la plus lourde, huit ans d'emprisonnement. Les autres amis d'enfance écopent de quatre à cinq ans, avec une partie de sursis pour certains.
Mathias Pogba est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis. L'année ferme est aménagée sous bracelet électronique, et il doit payer 20 000 euros d'amende. Le tribunal lui reproche, selon l'AFP, d'avoir participé à la tentative d'extorsion de 13 millions d'euros et d'avoir exercé de nombreuses pressions sur son frère, sa famille et ses relations professionnelles pour obtenir le paiement.
Le tribunal reconnaît aussi le préjudice économique et moral du joueur. L'avocat de Mathias Pogba juge la décision « extrêmement sévère » et annonce un appel. Un procès en appel est prévu en mai 2025. Il n'aura pas lieu. En avril 2025, L'Équipe rapporte que tous les condamnés ont renoncé à leur appel. L'avocat de l'un d'eux explique que son client ne voulait pas imposer un nouveau procès au joueur. Les condamnations prononcées le 19 décembre 2024 sont donc définitives.
L'entourage, un pouvoir sans statut
Rien, dans les comptes rendus du procès, n'indique que les condamnés se présentaient comme agents du joueur, et le tribunal ne les a pas jugés pour exercice illégal de l'activité d'agent. L'intérêt pour toi est ailleurs. Ce groupe réclamait de l'argent en invoquant ce qu'il disait avoir apporté au joueur, sans le moindre titre pour le faire.
Le football connaît bien ces figures de l'entourage, comme le cousin qui « s'occupe des affaires » ou le conseiller qui ne signe rien mais que tout le monde appelle avant de parler au joueur. Leur poids peut être réel. Leur statut juridique, lui, est nul dès qu'il s'agit de négocier un contrat contre rémunération. Pour ce travail-là, la loi et les règlements ne reconnaissent qu'une seule personne : l'agent titulaire de sa carte, avec un contrat écrit.
Ce que dit le règlement. En France, toute personne « sans exception » qui met en rapport, contre rémunération, les parties intéressées à la conclusion d'un contrat relatif à l'exercice rémunéré d'une activité sportive doit détenir la licence d'agent sportif délivrée par la FFF, et seules les personnes physiques peuvent la détenir (art. 3.1 du Règlement des agents sportifs FFF). Exercer sans licence valide est susceptible de poursuites pénales (même article, qui renvoie à l'art. L. 222-20 du Code du sport). Depuis la loi du 3 août 2026, le Code du sport parle de carte professionnelle d'agent sportif (art. L. 222-7) et punit l'exercice illégal de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende (art. L. 222-20, I). Un agent ne peut représenter un joueur que s'il est au bénéfice d'un contrat d'agent sportif écrit, et le joueur doit vérifier que son agent détient une licence en cours de validité avant de signer (art. 6.2.1). Recourir aux services d'une personne sans licence expose le joueur, l'entraîneur ou le club à des poursuites disciplinaires et pénales (art. 6.7).
Relis la dernière phrase. Elle ne vise pas seulement l'intermédiaire de l'ombre : elle vise aussi celui ou celle qui fait appel à lui. Un joueur qui confie la négociation de sa prolongation à un proche non licencié, rémunéré « à la commission », prend lui-même un risque. Le club aussi, qui doit indiquer sur les contrats le nom des agents et avocats intervenus (art. 6.7).
Et la famille, alors ? Le règlement FFF ne crée pas d'exception pour un frère, une mère ou un ami. Un joueur reste libre de négocier lui-même son contrat. La ligne rouge est franchie dès qu'une personne met les parties en rapport contre rémunération sans détenir le titre. Pour les avocats, la règle est à part : ils n'exercent pas l'activité d'agent et agissent seulement comme mandataires sportifs (art. 3.1). La nuance est détaillée dans notre article avocat mandataire sportif ou agent.
Au niveau international : ce que dit la FIFA
Le Règlement FIFA sur les agents de football, applicable aux opérations internationales, dit la même chose avec ses propres mots. « Seul un agent peut fournir des services d'agent » (art. 11 al. 1). Et ces services sont définis largement : la négociation, mais aussi la communication relative ou préparatoire à la négociation, et toute activité liée dans le but de conclure une transaction (définitions du règlement).
Deux autres règles complètent le tableau. Un agent ne peut fournir ses services qu'après avoir conclu un accord de représentation écrit avec son client (art. 12 al. 1), et lui seul peut approcher un client potentiel pour conclure un tel accord (art. 12 al. 2). Côté joueur, la FIFA rappelle qu'il peut recourir à un agent s'il ne souhaite pas s'en charger lui-même, et qu'il doit s'assurer que l'agent détient bien une licence FIFA avant de signer (art. 18 al. 1 a et c).
Dernier verrou, et il colle parfaitement à l'affaire. Pour obtenir la licence FIFA, il ne faut jamais avoir été reconnu coupable dans une procédure pénale portant notamment sur le crime organisé, un crime violent ou le harcèlement (art. 5 al. 1 a ii). Il ne faut pas non plus avoir été surpris à fournir des services d'agent sans licence au cours des deux années précédant la demande (art. 5 al. 1 b). Et ces critères restent exigés en permanence après l'obtention de la licence (art. 5 al. 2).
Et toi, tu aurais répondu quoi ? Un ami d'enfance d'un joueur professionnel majeur négocie la prolongation de son contrat avec un club français. Il n'a ni licence ni carte d'agent, et le joueur lui a promis oralement 5 % de son nouveau salaire. Selon le Règlement des agents sportifs FFF, quelle affirmation est exacte ? A. C'est autorisé, car un proche du joueur n'est pas soumis à l'obligation de licence. B. C'est autorisé si la promesse de rémunération est confirmée par écrit après la signature. C. L'ami exerce sans licence et le joueur qui a eu recours à ses services s'expose lui aussi à des poursuites disciplinaires et pénales. D. Seul le club peut être sanctionné, puisque c'est lui qui enregistre le contrat.
Bonne réponse : C. L'obligation de détenir la licence vise « toute personne sans exception » qui met en rapport les parties contre rémunération (art. 3.1) : la A tombe. Un écrit ne régularise rien, car la licence reste obligatoire et le contrat d'agent doit être écrit avant la représentation (art. 6.2.1) : exit la B. Enfin, l'article 6.7 vise les joueurs, les entraîneurs et les clubs qui recourent à une personne sans licence : la D est fausse. Côté Code du sport, l'exercice illégal est puni de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende (art. L. 222-20).
Réviser ce chapitre sans se tromper de cible
Retiens l'affaire Pogba comme une photo de famille coupée en deux : d'un côté des rôles définis, de l'autre un groupe qui s'estimait créancier d'une carrière. À l'examen, les questions sur l'exercice illégal prennent souvent cette forme : un proche sympathique, une rémunération « entre amis », et un piège sur la personne qui risque la sanction.
Pour réviser, commence par les articles 3.1, 6.2 et 6.7 du règlement FFF, présentés dans notre fiche sur le Règlement des agents sportifs FFF. Enchaîne avec les articles 5, 11, 12 et 18 du règlement FIFA, détaillés dans notre guide de la licence d'agent FIFA, puis mets à jour tes repères avec ce que change la carte professionnelle. Autre histoire de coulisses : l'affaire Tevez. Et avant d'ouvrir les textes, fais le quiz gratuit pour voir où tu en es.
Sources
- Reuters via Gulf News, août 2022, « Pogba says he is victim of extortion attempts, threats from organised gang » (communiqué du joueur, enquête ouverte le 3 août 2022, OCLCO)
- franceinfo, septembre 2022, « Affaire Paul Pogba : les éléments à charge contre les cinq hommes mis en examen »
- franceinfo, 17 septembre 2022, « Affaire Pogba : le frère du joueur de l'équipe de France, Mathias Pogba, mis en examen et incarcéré »
- franceinfo, novembre 2024, « Affaire Paul Pogba : séquestration, tentative d'extorsion, six prévenus… Trois questions sur le procès »
- AFP via Le Quotidien, 19 décembre 2024, « Séquestration de Pogba : son frère condamné à trois ans de prison »
- France 24, 19 décembre 2024, « Paul Pogba's brother among six sentenced to prison in extortion case »
- Reuters via ABC News, 19 décembre 2024, « Paul Pogba's brother handed 3-year jail term for extortion » (préjudices reconnus)
- Orange Sports d'après L'Équipe, 14 avril 2025, « Affaire Pogba : pas de procès en appel »
- Foot Mercato, avril 2025, « Pas de procès en appel dans l'affaire Pogba »
- FFF, Règlement des agents sportifs, édition 2026-2027
- FIFA, Règlement sur les agents de football (portail juridique de la FIFA)
- Légifrance, Code du sport, articles L. 222-7, L. 222-17 et L. 222-20
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'affaire Pogba ?
C'est la tentative d'extorsion de 13 millions d'euros visant Paul Pogba en 2022. Le joueur a été retenu dans un appartement de Seine-et-Marne en mars 2022 par des hommes armés, puis soumis à des mois de pressions. Le 19 décembre 2024, le tribunal correctionnel de Paris a condamné six personnes, dont son frère Mathias, à des peines de prison. Les appels ont été abandonnés en 2025.
Quelle peine a reçu Mathias Pogba ?
Trois ans d'emprisonnement, dont deux avec sursis, l'année ferme étant aménagée sous bracelet électronique, et 20 000 euros d'amende. Il avait annoncé faire appel, puis y a renoncé, comme les autres condamnés, selon L'Équipe en avril 2025.
Un proche peut-il négocier le contrat d'un joueur à la place d'un agent ?
Un joueur peut négocier lui-même son contrat. Mais toute personne qui met les parties en rapport contre rémunération doit détenir la licence d'agent sportif FFF, sans exception (art. 3.1 du Règlement des agents sportifs FFF). Le joueur qui recourt à une personne sans licence s'expose lui aussi à des poursuites disciplinaires et pénales (art. 6.7).
Quelle est la sanction de l'exercice illégal de l'activité d'agent sportif ?
Depuis la loi du 3 août 2026, exercer sans carte professionnelle, malgré une suspension ou un retrait, est puni de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende (art. L. 222-20, I du Code du sport). La FFF peut aussi engager des poursuites disciplinaires.
Les coulisses
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