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Représenter une joueuse, c'est d'abord le même métier que représenter un joueur : même carte professionnelle, même contrat écrit, même plafond. Mais le RSTJ de la FIFA contient un bloc de règles que beaucoup de candidats survolent : maternité, adoption, congé parental, santé menstruelle, allaitement. Un agent de joueuses qui ne les maîtrise pas négocie à l'aveugle. Voici le cadre complet, article par article.
Agent sportif dans le football féminin : les règles de base ne changent pas
Aucun texte ne crée de licence spéciale pour le football féminin. Pour exercer en France, tu as besoin de la même autorisation que pour le football masculin. Depuis la loi du 3 août 2026, son nom légal est la carte professionnelle d'agent sportif (art. L. 222-7 du Code du sport), même si tout le monde continue de parler de « licence d'agent ». On l'obtient en réussissant l'épreuve générale du CNOSF puis l'épreuve spécifique de la FFF (14/20 minimum). Tout est détaillé dans notre article sur la carte professionnelle.
Le Règlement des agents sportifs FFF parle de « joueur ou entraîneur » sans distinguer selon le sexe : une joueuse sous contrat relève des mêmes articles. Concrètement :
- tu n'agis qu'après avoir signé un contrat d'agent écrit avec l'une des parties, et tu n'agis que pour elle (art. L. 222-17 du Code du sport, art. 6.2.1 du Règlement FFF) ;
- ce contrat dure 2 ans au plus selon le Règlement FFF, sans reconduction tacite ; le Code du sport autorise jusqu'à 3 ans depuis août 2026 et laisse les fédérations fixer une durée plus courte ;
- ta rémunération ne peut pas dépasser 10 % du montant du contrat conclu, tous agents confondus (art. 6.2.2 du Règlement FFF, art. L. 222-17 du Code du sport) ;
- un exemplaire du contrat d'agent part à la FFF dans le mois de sa signature.
Pour une opération de dimension internationale, le Règlement FIFA sur les agents de football s'applique de la même façon : accord de représentation de 2 ans au plus, sans renouvellement automatique (art. 12 al. 3). Ses plafonds de commission (art. 15) font partie des dispositions suspendues après une décision d'un tribunal de Dortmund : vérifie la situation au moment de signer.
Les mineures : zéro rémunération
La règle française est sans nuance : aucune rémunération ni aucun avantage pour une opération concernant une mineure, même si elle devient majeure en cours de contrat (art. 6.2.3 du Règlement FFF, art. L. 222-5 du Code du sport). Côté FIFA, une mineure ne peut être approchée qu'au plus tôt 6 mois avant l'âge du premier contrat professionnel dans le pays d'emploi, avec le consentement écrit de son tuteur légal (art. 13 al. 1 du Règlement FIFA sur les agents). Le détail est dans notre article sur les joueurs mineurs.
Les contrats des joueuses en France : ce que dit le Statut de la joueuse fédérale
Le Statut de la joueuse fédérale de la FFF (saison 2026-2027) vise surtout les clubs de D3F. Il donne plusieurs repères utiles à un agent.
La joueuse fédérale est une salariée : elle est « une professionnelle du football fédéral par la nature salariale de son activité et non par le statut de son club » (art. 2.1). Son contrat relève du chapitre 12 de la Convention collective nationale du sport (CCNS) et n'est pas soumis à la Charte du football professionnel (art. 2.2). C'est un contrat à durée déterminée. En D3F, il ne peut pas dépasser une saison sportive et s'achève le 30 juin, sauf autre date de début de saison fixée par la FFF (art. 2.3.2). Il porte au moins sur un mi-temps (art. 2.3.3). La rémunération annuelle brute ne peut être inférieure ni au SMIC ni au salaire minimum conventionnel de la CCNS (art. 2.3.4).
Deux articles parlent directement de ton rôle :
- le contrat soumis à homologation fait apparaître les agents sportifs intervenus lors de sa conclusion et la partie représentée par chacun d'eux (art. 3) ;
- une joueuse sous contrat fédéral est libre de signer avec un autre club si son contrat actuel expire dans les six mois ; le nouveau contrat ne prend effet qu'au 1er juillet de la saison suivante, et le club d'accueil doit prévenir par écrit le club actuel et la Commission fédérale du statut du joueur avant toute négociation (art. 4.2).
Toute modification passe par un avenant soumis à homologation, et tout document occulte contraire au Statut est nul (art. 5 et 6). Une promesse orale d'un dirigeant ne protège pas ta cliente.
Piège fréquent. On lit parfois que le contrat d'une joueuse fédérale relève de la Charte du football professionnel, comme celui d'un joueur de Ligue 1. Faux : le Statut de la joueuse fédérale le soumet au chapitre 12 de la CCNS et précise qu'il n'est pas soumis à la Charte (art. 2.2).
Maternité, adoption, congé parental : ce que le RSTJ garantit
Le RSTJ (Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA, édition janvier 2027) fixe ici des droits minimaux. Son article 1 impose de reprendre sans modification, au niveau national, l'article 18 alinéa 7 et les articles 18quater et 18quinquies. Une convention collective valablement négociée couvrant le football féminin professionnel prévaut ; à défaut, une loi nationale plus favorable s'applique.
Les congés et leur rémunération
Les joueuses ont droit au congé maternité, au congé pour adoption et au congé parental pendant leur contrat, rémunérés aux deux tiers du salaire prévu par le contrat (art. 18 al. 7). La section Définitions du RSTJ en fixe les durées minimales :
| Congé | Durée minimale (RSTJ) | Précision |
|---|---|---|
| Maternité | 14 semaines | dont au moins 8 semaines après la naissance |
| Adoption | 8 semaines (enfant de moins de 2 ans) | 4 semaines entre 2 et 4 ans, 2 semaines au-delà ; à prendre dans les 6 mois de l'adoption |
| Parental | 8 semaines après la naissance | pour la joueuse qui n'est pas la mère biologique ; à prendre dans les 6 mois |
Le congé pour adoption et le congé parental ne se cumulent pas pour le même enfant.
Pendant la grossesse
L'article 18quater détaille la situation d'une joueuse qui tombe enceinte pendant son contrat. Elle peut continuer à s'entraîner et à jouer : le club doit respecter sa décision et formaliser un plan de pratique en sécurité. Si elle juge trop dangereux de continuer, le club doit lui proposer d'honorer son contrat par d'autres activités. Si des raisons médicales l'empêchent de faire l'un ou l'autre, elle peut poser un congé maladie sur certificat médical. Dans tous ces cas, elle garde l'intégralité de sa rémunération jusqu'au début de son congé maternité.
Elle choisit elle-même la date de début de son congé, dans le respect des durées minimales. Un club qui l'incite ou la force à le prendre à des dates précises est sanctionné par la Commission de Discipline de la FIFA. À son retour, le club doit la réintégrer, convenir d'un plan pour la période post-partum et assurer un suivi médical adéquat. Elle retrouve l'intégralité de sa rémunération dès la reprise.
Le même article protège l'allaitement : le club fournit des installations adaptées, et le temps consacré à allaiter ou à tirer son lait n'entraîne aucune baisse de salaire.
Grossesse et rupture du contrat : la sanction la plus lourde du bloc
La validité d'un contrat ne peut pas dépendre d'un test de grossesse, ni du fait qu'une joueuse est ou devient enceinte, ni de l'exercice de ses droits à congé (art. 18quater). Si un club rompt unilatéralement le contrat pour l'un de ces motifs, y compris parce qu'elle refuse un test de grossesse, il est considéré comme ayant rompu sans juste cause.
Le texte ajoute une présomption qui compte beaucoup en pratique : sauf preuve contraire, une rupture décidée par le club pendant une grossesse ou un congé est présumée liée à cette grossesse ou à ce congé. C'est au club de prouver le contraire, pas à ta cliente.
Les conséquences sont lourdes :
- l'indemnité due à la joueuse se calcule selon l'article 17 du RSTJ, avec dans tous les cas une pénalité égale à six salaires mensuels du contrat rompu ; une convention collective conforme au droit national peut s'écarter de ces principes ;
- le club reçoit une interdiction d'enregistrer de nouvelles joueuses, au niveau national et international, pendant deux périodes d'enregistrement entières et consécutives, éventuellement assortie d'une amende ;
- pendant cette interdiction, il ne peut pas utiliser l'exception de l'article 6 alinéa 3c pour enregistrer une remplaçante hors fenêtre.
Pour toi, la conséquence est concrète : à la lecture d'une offre, tu repères toute clause qui lierait le contrat à une grossesse ou à un test, et tu la fais retirer avant la signature.
À retenir. Rupture liée à la grossesse ou à un congé = rupture sans juste cause, présomption en faveur de la joueuse, six mois de salaire minimum en pénalité et deux périodes d'enregistrement sans nouvelle joueuse pour le club (art. 18quater du RSTJ).
Mercato, sélections, formation : les autres spécificités
Des fenêtres d'enregistrement à part
Les associations peuvent fixer des périodes d'enregistrement différentes pour leurs compétitions féminines et masculines (art. 6 du RSTJ). Ne cale donc pas ton calendrier de mercato féminin sur celui des hommes sans vérifier. Deux exceptions propres aux joueuses permettent en plus un enregistrement hors fenêtre :
- pour remplacer temporairement une joueuse partie en congé maternité, d'adoption ou parental ; le contrat de la remplaçante court, sauf accord contraire, jusqu'à la veille de la première période d'enregistrement qui suit le retour de la titulaire (art. 6 al. 3c) ;
- pour la joueuse elle-même, à la fin de son congé ou après avoir récupéré de sa grossesse, sous réserve de son statut contractuel (art. 6 al. 3d).
Pour la mécanique générale des fenêtres, vois notre article sur le mercato.
La santé menstruelle
Les clubs doivent respecter les besoins des joueuses liés à leurs règles. Sur certificat médical, une joueuse peut manquer un entraînement ou un match pour ce motif et conserve l'intégralité de sa rémunération (art. 18quinquies).
Les sélections nationales
L'annexe 1 du RSTJ (art. 1bis) oblige le club à libérer une joueuse convoquée par sa sélection pendant les périodes internationales du calendrier féminin et pour les phases finales citées par le texte. Tout accord contraire entre la joueuse et le club est interdit.
Pas d'indemnité de formation
L'article 20 du RSTJ est net : le principe de l'indemnité de formation ne s'applique pas au football féminin. Ni au premier contrat professionnel ni lors d'un transfert, cette indemnité n'est due pour une joueuse.
Le mot du coach. Le bloc « joueuses » du RSTJ tient en quelques pages et regorge de chiffres faciles à mélanger : 14 semaines, 8 semaines, deux tiers du salaire, six salaires mensuels, deux périodes d'enregistrement. Fais-en une fiche de chiffres clés et interroge-toi dessus plusieurs jours de suite. Notre fiche sur le RSTJ te donne le reste du texte.
Le marché du football féminin : ce que publie la FIFA
Dans son communiqué du 28 janvier 2026 sur l'année 2025, la FIFA indique pour le football féminin professionnel :
- 2 440 transferts internationaux de joueuses professionnelles, soit 6,3 % de plus qu'en 2024 ;
- 28,6 millions de dollars dépensés en indemnités de transfert, un record, plus de 80 % au-dessus de l'année précédente ;
- 756 clubs impliqués dans des transferts internationaux.
Deux précautions pour lire ces chiffres. Ils ne portent que sur les transferts internationaux, pas sur les contrats signés à l'intérieur d'un pays. Et ils mesurent des indemnités de transfert, pas les commissions des agents. Aucun de ces chiffres ne dit ce que gagne un agent de joueuses.
À noter aussi : depuis août 2026, tout titulaire de la carte professionnelle suit une formation initiale et continue, notamment en prévention des violences sexistes et sexuelles (art. L. 222-7 du Code du sport).
Le RSTJ et les deux règlements sur les agents sont au programme de l'épreuve spécifique, le Code du sport à celui de l'épreuve générale. Teste ton niveau sur le quiz gratuit ou lance l'essai de la plateforme, sans carte bancaire.
Sources
- FIFA, Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs, édition janvier 2027 : art. 1, 6, 18, 18quater, 18quinquies, 20, section Définitions et annexe 1 (textes officiels de la plateforme)
- FFF, Statut de la joueuse fédérale et Règlement des agents sportifs, saison 2026-2027
- Légifrance : Code du sport, art. L. 222-5, L. 222-7 et L. 222-17
- FIFA, 28 janvier 2026 : International transfers reach historic high in 2025
- FIFA : Women's global transfer report 2025
Questions fréquentes
Faut-il une licence spécifique pour être agent de joueuses ?
Non. En France, c'est la même carte professionnelle d'agent sportif, délivrée par la FFF après l'épreuve générale et l'épreuve spécifique. Pour les opérations internationales, c'est la même licence FIFA que pour le football masculin.
Le plafond de 10 % s'applique-t-il aussi aux contrats des joueuses ?
Oui. Le Règlement des agents sportifs FFF (art. 6.2.2) et le Code du sport (art. L. 222-17) plafonnent la rémunération de l'agent à 10 % du contrat conclu, tous agents confondus, quelle que soit la personne représentée. Pour une mineure, aucune rémunération n'est permise.
Combien est payée une joueuse pendant son congé maternité selon le RSTJ ?
Les deux tiers du salaire prévu par son contrat (art. 18 al. 7 du RSTJ), sauf convention collective ou loi nationale plus favorable. Avant le début du congé, si elle continue à jouer ou honore son contrat autrement, elle perçoit l'intégralité de sa rémunération.
Un club peut-il exiger un test de grossesse avant de signer ?
Non. La validité du contrat ne peut pas dépendre d'un test de grossesse (art. 18quater du RSTJ). Un club qui rompt le contrat parce qu'une joueuse refuse ce test rompt sans juste cause et s'expose à une pénalité d'au moins six salaires mensuels et à une interdiction d'enregistrer de nouvelles joueuses.
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